Evelyne SULLEROT : biographie officielle

"féministe et sociologue non conformiste
spécialiste (entre autres) de la famille"

Sociologue et écrivain

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Fille de André HAMMEL, d'abord Pasteur de l'Eglise Réformée, puis docteur en médecine, psychiatre, directeur de clinique, chevalier de la légion d'honneur, et de Georgette ROUSTAIN. Tous deux très engagés religieusement, socialement et politiquement, le Dr et Mme HAMMEL, à titre posthume, ont reçu la médaille des Justes de Yad Vashem, pour avoir sauvé onze Juifs pendant la guerre. Ils ont eu cinq enfants ; Evelyne était la troisième. Madame HAMMEL est morte à 44 ans, et, orpheline à 18 ans, Evelyne a dû s'occuper de ses frère et soeurs plus jeunes.

Pendant son année de philosophie, elle a été arrêtée puis jugée à Nîmes par la police de Vichy pour "propagande antinationale et propos hostiles au Chef de l'Etat" (Pétain). Revenue en zone occupée, elle est alors entrée dans la résistance à l'OCMJ (Organisation Civile et Militaire des Jeunes).

Entrée aux Sciences Politiques (la plus jeune de l'Ecole), en 1942, elle sera handicapée dans ses études par ses charges familiales et les engagements dans la résistance de sa famille et d'elle-même.

Mariée à François SULLEROT, elle se trouve, à 23 ans, élevant trois jeunes enfants, et s'occupant encore de son dernier frère. A 29 ans, elle a un quatrième enfant. Années ménage-cuisine-couture-enfants.

En 1955, elle propose à la gynécologue Marie-Andrée WEILL-HALLE de fonder une association de femmes pour promouvoir le "contrôle des naissances". Ce sera la "Maternité Heureuse", qui devint, deux ans plus tard "le Mouvement Français pour le Planning Familial". Marie-Andrée WELL-HALLE, Présidente, prend en charge les aspects médicaux ; Evelyne, Secrétaire Générale, les aspects psycho-sociologiques, sociologiques et démographiques.

Elle reprend ses études pour mieux faire face à ces fonctions et fait des enquêtes pour le CNRS auprès des femmes. Elle découvre l'influence de la presse féminine (alors plus puissante qu'aujourd'hui et tout à fait décalée par rapport aux vrais problèmes des femmes), publie son premier livre, La presse féminine (1963) et passe sa thèse à l'Institut français de la Presse sur l'Histoire de la presse féminine (1964). En 1965, son livre prémonitoire, Demain les femmes, est traduit en onze langues. En 1967, elle fait à l'Université Paris X Nanterre le premier cours au monde sur les études consacrées aux femmes : de la génétique à la place des femmes dans la vie politique, en passant par la sociologie et le travail des femmes. En 1968, elle publie Histoire et sociologie du travail féminin et la CEE lui demande le premier rapport sur "L'Emploi des femmes et ses problèmes dans la CEE" qui sera à l'origine de la "Directive européenne sur l'égalité de traitement entre hommes et femmes".

Internationalement reconnue comme expert, elle commence alors une série de missions pour le BIT, les Nations Unies et l'UNESCO. Elle publie, en plusieurs langues, La femme dans le monde moderne, qui met l'accent sur les handicaps spécifiques des femmes : mauvaise prise en compte des maternités et de la charge des enfants, mauvaise formation professionnelle initiale, etc... Mais le devant de la scène médiatique est occupé alors par le MLF et autres mouvements issus de mai 1968 qui prétendent "libérer" les femmes par une sorte de révolution permanente contre l'oppression "sexiste". Elle décide ne ne pas participer à cette ébullition féministe brouillonne qui, à son sens, n'avance pas la résolution des problèmes. Elle décide, d'une part, d'approfondir les connaissance fondamentales alors établies par les sciences biologiques et par les sciences sociales sur les femmes ; d'autre part de rechercher une action pratique de terrain pour rendre service à un public féminin défavorisé.

Pour atteindre son premier objectif, elle entreprend avec Jacques MONOD, prix Nobel, de réunir les meilleurs spécialistes du monde en génétique, biologie, médecine, anthropologie, psychologie, histoire et sociologie, capables de répondre, chacun dans sa discipline à la question : Qu'est-ce qu'une femme ? le colloque a lieu en 1976 et elle en assure l'édition sous le titre Le Fait Féminin, préface de A. LWOFF, prix Nobel de médecine, qui obtint un très gros succès. Il est encore au programme de nombre d'universités.

Pour réaliser son deuxième but, en 1974, elle fonde RETRAVAILLER pour les femmes n'ayant jamais travaillé ou ayant dû interrompre leur vie professionnelle qui désirent revenir sur le marché de l'emploi à 35 ans ou plus (environ un million et demi sont alors dans ce cas en France). Elle invente une méthode (une première mondiale en direction des adultes), permettant un bilan personnalisé des aptitudes et une orientation professionnelle appropriée au bassin d'emploi : elle recrute et entraîne des formatrices (qui enrichiront la méthode par l'expérimentation) et recherche des aides publiques (chiches). Le succès vient rapidement ; on voit se créer dans toute la France des centaines et des centaines de stages RETRAVAILLER ; près de 400.000 femmes les ont fréquentés durant les 15 années où elle fut Présidente. Elle essaima cette action dans plusieurs pays d'Europe, et aussi au Canada et au Japon.

En 1974, elle est nommée membre du Conseil Économique et Social, renouvelée en 1979 et en 1984. Durant ces quinze années, elle siégera à la section du Travail et à celle des Affaires Sociales, et fera plusieurs rapports.

  • Problèmes posés par le travail et l'emploi des femmes
  • La situation démographique de la France et ses conséquences écononiques et sociales
  • Les modes de garde des enfants de moins de six ans
  • Le statut matrimonial et ses conséquences juridiques, sociales et fiscales
  • Problèmes posés par la toxicomanie.

Plusieurs des propositions formulées dans ces rapports ont abouti à des changement de législation, de règlementation ou de politique.

L'Union Européenne lui demande un rapport sur La diversification des choix professionnels des jeunes filles et des femmes (1984) dans laquelle elle formule 80 "recommendations" dont 78 seront adoptées par le Conseil des Ministres des États membres. On lui confie la coordination des recherches et actions sur les choix d'études et les choix professionnels des jeunes filles et des femmes dans l'ensemble des neuf puis douze États membres. Elle poursuivra cette tâche jusqu'en 1992, faisant un rapport de synthèse par an et supervisant de nombreuses "actions positives" en faveur des femmes dans toute l'Europe.

En même temps que ces fonctions très officielles et ces actions sur le terrain, elle poursuit son oeuvre d'écrivaine, parfois éloignée de ces sujets austères. Elle a ainsi publié

  • une "Mythologie de l'Amour : huit cent ans d'écrits féminins" couronnée par l'Académie Française,
  • trois romans : "L'aman", "L'enveloppe", "Alias", ce dernier réédité en "poche" en 1999,

Ainsi que des essais plus particulièrement consacrés aux bouleversements observés dans les couples et les familles Pour le meilleur et sans le pire, Quels pères ? quels fils ? consacré à la crise de la paternité (réédité en poche en 1995), Le Grand Remue-ménage, crise de la famille et Diderot dans l'autobus, qui évoque les revendications "homoparentales" et les conséquences des découvertes de la génétique sur la famille.

Elle est toujours très active dans le monde associatif : Présidente, puis Présidente d'honneur en 2000, de l'association "Population et Avenir", Vice-Présidente des "Associations Familiales Protestantes", Vice-Présidente de la "Fédération nationale des Associations de Prévention de la Toxicomanie". Elle a été élue en 2000, membre correspondant de l'Académie des Sciences Morales et Politiques.

Elle est Commandeur de l'Ordre de la légion d'honneur et Commandeur de l'Ordre du mérite.

PUBLICATIONS (Ouvrages publiés en librairie)

  • La Presse féminine, Armand Colin, 1964.
  • Histoire de la presse féminine, CNRS Armand Colin, 1964.
  • Demain les femmes, Robert Laffont, 1965, traduit en 11 langues.
  • La vie des femmes, Gonthier- Denoël, 1965, traduit en 5 langues.
  • Histoire et sociologie du travail féminin, Gonthier-Denoël, 1968, 10 traductions.
  • La femme dans le monde moderne, Hachette, 1970, 8 traductions.
  • Les françaises au travail, Hachette, 1973.
  • Histoire et Mythologie de l'amour, huit siècle d'écrits féminins, Hachette, 1974, couronné par l'Académie Française.
  • Le Fait feminin / ouvrage collectif sous la direction de Evelyne Sullerot, avec la collaboration de Odette Thibaut, préface A. LWOFF, prix Nobel, Fayard 1978, 9 traductions.
  • L'aman, roman, Fayard, 1981.
  • Pour le meilleur et sans le pire, Fayard, 1984, couronné par l'Académie des Sciences Morales et Politiques.
  • L'enveloppe, roman, Fayard, 1987.
  • L'Age de travailler, Fayard, 1986, 3 traductions.
  • Quels pères ? Quels fils ?, Fayard, 1992 et le Livre de Poche 1994.
  • Alias, roman, Fayard, 1996 et le Livre de Poche, 1999.
  • Le Grand Remue-ménage, crise de la famille (Fayard, 1997) voir commentaire.
  • La crise de la famille, Pluriel, Hachette-Littératures 2000.
  • Diderot dans l'autobus. Ou comment se laisser aller à des pensées incorrectes sur les m¦urs actuelles et l'avenir de l'espèce humaine, (Fayard, 2001) voir article du Monde.
  • Silence Fayard (mars 2004) Broché - 280 pages ISBN : 2213619379
  • Pilule, Sexe, ADN - Trois révolutions qui ont bouleversé la famille - Fayard (fiche), avril 2006, 320 pages.

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Née le 10 octobre 1924

création : 26 février 2002, mise à jour : 5 déc 2006